Vues de l’esprit

Father, Mother, Sister, Brother (1937)

À l’Action de Grâce, j’ai eu la chance de voir la rétrospective de l’oeuvre de Willem de Kooning au MoMA.  Artiste que je connaissais peu avant l’exposition des expressionnistes abstraits présentée cet été à Toronto, les oeuvres plus tardives (années 70-80) m’étaient complètement inconnues.  Dommage car elles m’ont plu davantage que les quelques toiles exposées lors de l’expo torontoise soit, celles du milieu des années ’40 et du début des années ’50.

Woman I (1950-52)

Instigateur du mouvement des expressionnistes abstraits, il sera critiqué de ses pairs lors de son retour à la figuration dans les années ’50 avec sa série Women.

Queen of Hearts (1943-46)

Cette série ne contient pas les toiles les plus apaisantes: les femmes ont l’air sévères, leur sourire s’apparente à celui d’Hannibal Lecter campé par Hopkins, les traits grossiers, les formes exagérées; rien à voir avec les toiles et dessins qui ont servi de prélude à cette série (p. ex. Queen of hearts, 1943-46).  Je préfère de loin ses premiers tableaux centrés sur la forme et la couleur (p. ex. Father, mother, sister, brother, c. 1937) et, comme je le disais plus tôt, ses toiles de la fin des années ’50.  Cela dit, je reconnais le travail phénoménal qui précède la série Women.  Chaque toile est le produit d’un travail itératif de construction/déconstruction étourdissant.

Plutôt que de reprendre ici toutes les périodes de De Kooning, je vais me concentrer sur deux séries que j’aime particulièrement.  La série « Landscape », ses Ribbons et ses White painting.

Merritt Parkway (1959)

Les paysages de De Kooning me fascine en raison du travail de la peinture qui y est fait.  Créés alors que l’artiste migrait tranquillement vers la campagne, cette période est marquée par une utilisation d’un médium  plus fluide, d’un accent prononcé sur la violence du geste (i.e. long coup exécuté avec un large pinceau) et un travail d’abstraction plus strict.  Inspirées par les paysages qu’il voit lorsqu’il conduit sur l’autoroute, les oeuvres de cette période présentent le paysage en mouvement.  Soulignons Merrit Parkway (1959) – dont le nom est assez évocateur -, Park Rosenberg (1957) et A tree in Naples (1960).

A Tree In Naples (1960)

Ses Ribbons et ses White Painting prennent forme au tournant des années ’80.  Alcoolique notaoire, De Kooning devient sobre à cette époque et troque son passé pour un style plus épuré.  D’ailleurs, on peut sentir à travers l’ensemble de cette période la détérioration de sa santé mentale.  Dès 1985, sa mémoire à court terme flanche et s’éteint en 1987.  La même année, il ne parle presque plus et n’est plus capable de signer son nom.  Ceci ne l’empêche pas de produire 43 peintures.  Son agent et sa femme décèdent respectivement en ’87 et ’89 laissant De Kooning sans représentation.

Lors de l’exposition, je n’ai pas été frappé par l’impact de la maladie sur l’oeuvre de De Kooning.  On peut remarquer que de toiles titrées, on passe peu à peu à des toiles numérotées (p. ex. Untitled V) à des toiles sans titre (p. ex. [no title]).  Ces dernières toiles ne sont pas signées.  Le tout est encore plus frappant quand on regarde l’épuration des formes et de la couleur.  Cependant, les toutes dernières toiles des années ’87 et ’88 seront titrées et vivement colorées.  Malheureusement, personne ne sait si la maladie ou un désir profond de ne pas se répéter est à l’origine de cette transformation…

Untitled III (1981)

Untitled V (1982)

Untitled XXII (1982)

Rider (Untitled VII) (1985)

No Title (1985)

The Cat's Meow (1987)

Au final, je trouve que ses derniers travaux s’apparentent davantage à ceux des années ’30 (voir le haut du billet).

En passant, le catalogue de l’exposition est complet et franchement bien fait.  Vous trouverez aussi l’audio-guide complet sur le site du MoMA.  Si vous avez une chance, je vous recommande d’aller voir les photos de son atelier disponible sur le site du Architecture Digest… ma-la-de!

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Une réflexion au sujet de « Vues de l’esprit »

  1. Très intéressant! J’ai le goût de retourner à New York pour voir cette exposition et aussi pour visiter cette magnifique ville qui me donne l’impression d’être branchée sur le 220 volts!

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