Des espions, des informations et des poisons

J’adore tout ce qui touche au monde du renseignement, de l’espionnage et du secret.

Depuis quelques années, je lis les livres de l’auteur Gordon Thomas.  Ses ouvrages portent exclusivement sur le monde du renseignement secret (MI-5, MI-6, CIA, FBI, Mossad, etc.)  Il cumule plus de cinquante années de métiers, une foule de contacts placés dans le milieu du renseignement, Romancée, son approche permet d’expliquer plus vulgairement les diverses missions menées par ces services de renseignements.  Est-ce que tous les faits sont justes, authentiques et vérifiés?  Peut-être pas, mais ça reste une lecture simple, un exutoire qui fait réver, qui donne le goût d’être un James Bond.

J’ai lu trois de ses ouvrages: Les armes secrètes de la C.I.A. Tortures, manipulations et armes chimiques (2006), Histoire des services secrets britanniques (2008) et Histoire secrète du Mossad de 1951 à nos jours (1999).  À travers ces récits, on explique comment le MI-6 a tenté de localiser Ben Laden grâce à son système de satellites, comment Eichmann a été enlevé par le Mossad, comment William Buckley naviguait en terres étrangères et comment il est mort, etc.  Bref, du pur divertissement qui nous fait réaliser qu’il est difficile de vivre sous les radars électroniques espions des nations de ce monde.

Comme Gordon Thomas, l’auteur Robert Baer propose, quant à lui, ses mémoires comme ancien agent de renseignement au Moyen-Orient dans les années ’80 pour le compte de la C.I.A.  Son ouvrage – fortement caviardé par le service de renseignement ce qui donne une touche d’athenticité – s’intitule « La chute de la CIA.  Les mémoires d’un guerrier de l’ombre sur les fronts de l’islamisme » (2001).  On suit donc cet agent à travers ses diverses missions, jusqu’à sa mise au rencard dans un cubicule de Langley.

L’une des anecdotes assez intense est lorsqu’il part en randonnée bucolique avec Grigor, un colonel du KGB, dans la campagne de Douchanbe au Tadjikistan.  Extrait:

Le lendemain matin, la journée commença assez calmement.  Le chauffeur envoyé par Grigor me conduisit jusqu’au principal champ de tir russe, à environ 60 kilomètres de Douchanbe.  Le colonel, son épouse ainsi qu’une douzaine d’autres officiers russes accompagnés de leurs femmes nous attendaient.  La plupart d’entre eux n’avaient pas jamais parlé à un Américain.  Je brisai la glace en dévorant les petits fours présentés sur un plateau par une opulente Natacha… et en acceptant une généreuse rasade de vodka.  Nous portâmes au moins quatre toasts au général Schwartzkopf, héros américain de la guerre du Golfe.  [Nous sommes en octobre 1992]

Alors que je commençais à flotter sur un petit nuage d’euphorie, deux des Russes sortirent des gadgets miniaturisés.  Des armes mortelles munies de silencieux.  L’un ressemblait à un pistolet Derringer, l’autre à un stylo. […]

D’autres tournées de vodka suivirent.  Mon cerveau commençait à s’embrumer sérieusement quand l’un des militaires proposa qu’on passe à l’activité suivante, le tir.  Les épouses restèrent à la maison pendant que nous sautions dans trois jeeps qui nous déposèrent 800 mètres plus loin.  Au bout du champ de tir s’alignaient une dizaine de silhouettes métalliques.  On avant le choix des armes: AK-47, mitrailleuse lourde calibre 30, fusils d’assault, RPG… Il y avait même une mitrailleuse « chain-gun » de 40 mm.

Heureusement, personne ne choisit la « chain-gun ».  L’expérience était déjà assez terrifiante comme ça.  De temps à autre l’un de nous touchait accidentellement une des silhouettes qui se couchait.  Mais comme le mécanisme qui aurait dû la relever automatiquement était en panne l’un des fêtards partait d’un pas mal assuré pour la redresser – sans que personne, sauf moi, n’arrête de tirer » (p.224-226)

N’est-ce pas crazy!  Le film Syriana (2005), mettant en vedette George Clooney, est une adaptation de cet ouvrage de Baer.  Le film est, cependant, beaucoup plus tranquille que les histoires rocambolesques écrites dans les mémoires de cet ancien agent de terrain.

Enfin, le livre « Le laboratoire des poisons de Lénine à Poutine » (2007) d’Arkadi Vaksberg offre un regard plus glauque et moins rocambolesque que les autres livres présentés.  Son ouvrage gravite autour de la confection – et de l’utilisation! – de l’armement chimique par les Russes.  Fascinant!  Exécution publique à la ricine, installation d’un dispositif à l’intérieur d’un téléphone dispersant une neurotoxine, poison induisant un arrêt cardiaque déposé sur la lumière de la table de chevet d’un diplomate et dont la dispersion est activée par la chaleur… Bref, rien de très jojo, mais au combien intriguant.

Sur une note plus académique, si vous avez un accès universitaire sur les publications scientifiques, je vous recommande d’aller lire les articles des publications comme International Journal of Intelligence and CounterIntelligence et Intelligence and National Security.  Ça vaut vraiment la peine.

Si vous aimez les nouveaux James Bond – plus terre-à-terre – et l’aspect mythique du secret, vous adorerez ces livres dont je viens de vous brosser un portrait général.

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