Être un vieux bâtard heureux

« I’m just an alcoholic who became a writer so that I would be able to stay in bed until noon »

– Charles Bukowski, Women (1978), p. 222

 Bukowski3Je viens de terminer la lecture de trois nouvelles de l’auteur et poète américain Charles Bukowski. Les trois nouvelles que j’ai lues sont celles qui gravitent autour du personnage Henry Chinaski – il s’agirait de son alter-ego à peine caché… en fait, la plupart des anecdotes vécues par Chinaski seraient celles de Bukowski – soit, Post Office (parue en 1971), Factotum (1975) et Women (1978). Des trois nouvelles, j’ai préféré Women, mais la lectures des deux précédentes étaient nécessaire pour l’apprécier.

Une mise en garde s’impose : c’est pas de la lecture de chochotte. L’univers d’Henry Chinaski n’est pas rose bonbon et des farfadets n’y jouent à la corde à danser sous une pluie de Skittles. C’est l’histoire, écrite du point de vue du personnage principal soit, un alcoolique fini, lâche au pas possible (« My ambition is handicapped by laziness », Factotum, p. 107), qui, pour une raison obscure, parvient à coucher avec à peu près toutes les femmes qu’il croise. Nous suivons ses tribulations – ou titubations, devrais-je dire! – de son emploi au sein du bureau de poste (Post Office) à sa carrière de poète acclamé par la critique et les universitaires (Women).

L’écriture de Bukowski est mordante, simple et remplie d’humour. Women est, en plus, assez explicite et crue (i.e. Certains chapitres ont été d’abord publiés dans Hustler). Il parvient à nous faire aimer ce misanthrope Chinaski, observateur de ses contemporains, qui se moque du conformisme en se repliant sur ses passions : les femmes (et leurs jambes), l’alcool, les courses de chevaux, sa voiture et la musique classique.

On aime le voir se bourrer la gueule lors de ses lectures de poèmes pour lesquelles les universités l’invitent et le paient (500$ plus les billets d’avion et l’hébergement) !

Charles Bukowski à l'émission "Les Apostrophes" en septembre 1978 (© Sophie Bassouls/Sygma/Corbis)

Charles Bukowski à l’émission « Les Apostrophes » en septembre 1978 (© Sophie Bassouls/Sygma/Corbis)

« I decided to live to be 80.  Think of being 80 and fucking an 18 year old girl.  If there was any way to cheat the game of death, that was it. » (Women, p. 55)

« I decided to live to be 80. Think of being 80 and fucking an 18 year old girl. If there was any way to cheat the game of death, that was it. » (Women, p. 55)

On aime aussi le voir jongler avec ses relations tumultueuses et sulfureuses avec ses multiples compagnes et faire l’éloge, à sa façon, des femmes.

« Where did all the women come from? The supply was endless. Each one of them was individual, different. Their pussies were different, their kisses were different, their breasts were different, but no man could drink them all, there were too many of them, crossing their legs, driving men mad. What a feast! » (Women (p. 174)

On aime le voir critiquer l’amour.

« I was glad I wasn’t in love, that I wasn’t happy with the world. I like being at odds with everything. People in love often become edgy, dangerous. They lose their sense of perspective. They lose their sense of humor. They become nervous, psychotic bores. They even become killers. » (Women, p. 59-60)

« Love is all right for those who can handle the psychic overload. It’s like trying to carry a full garbage can on your back over a rushing river of piss » (Women, p. 177).

« Love was for guitar players, Catholics and chess freaks » (Women, p. 249)

 

On aime lorsqu’il est sidéré devant l’incompétence ou, à l’inverse, le zèle de ses collègues.

On aime aussi ses perles de lucidités ou ses moments d’humour éthylique.

« Nothing is worse than to finish a good shit, then reach over and find the toilet paper container empty. Even the most horrible human being on earth desrerves to wipe his ass. » (Factotum, p. 152)

 

« Nothing was ever in tune. People just blindly grabbed at whatever there was : communism, health foods, zen, surfing, ballet, […], and then it all evaporated and fell apart. People had to find things to do while waiting to die. I guess it was nice to have a choice.

I took my choice. I raised the fifth of vodka and drank it straight. The Russians knew something. » (Women, p. 177)

 

« I disliked being wished a « Happy New Year » by some stranger. How did he know who I was? I might be a man with a 5-year-old child wired to the ceiling and gagged, hanging by her ankles as I slowly sliced her to pieces. » (Women, p. 273)

 

« I like to change liquor stores frequently because the clerks got to know your habits if you went in night and day and bought huge quantities. I could feel them wondering why I wasn’t dead yet and it made me uncomfortable. They probably weren’t thinking any such thing, but then a man gets paranoid when he has 300 hangovers a year. » Women (p.288).

Bref, j’ai adoré son écriture et compte lire les autres nouvelles mettant en vedette Chinaski.

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Une réflexion au sujet de « Être un vieux bâtard heureux »

  1. Bonjour,
    « Conte de la folie ordinaire » m’a fâchée avec Bukowski. Tes extraits lui redonnent de l’humanité, peut-être n’ai-je pas commencé par la bonne oeuvre :)
    Si tu lis celui-ci tu me diras quelles impressions il a laissées :)

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