« Je n’ai pas envie de séduire, j’ai envie d’aimer »

Mes intimes le savent, le célibat est mon nouveau statut après une relation qui aura durée un peu plus de six ans.  Cette situation apporte son lot de problèmes pratico-pratiques que j’aborderai dans un billet peut-être.  L’un de ceux-là est l’absence de « guide de survie » au célibat ou à l’adaptation à cette nouvelle vie; littéralement une renaissance dans mon cas.

Il n’y a pas de guides, ou presque.  Cinq livres ont marqué mon année et demi de célibat.  Ces ouvrages m’ont fait comprendre que cette réalité est vécue de la même façon par plusieurs autres célibataires.  Si vous êtes une femme, offrez ces livres à votre ex avant de le larguer.  Si vous êtes un lecteur, célibataire et en train de pleurer sa vie… man, tu te ressaisis, tu vas à la biblio ou à la librairie et tu te dépêches de lire ces livres.  Ce sont des auteurs qui ont écrit pour des hommes, je suis un gars, mais surement que ces livres feraient du bien si vous êtes une célibataire.

Un petit pas pour l’homme – Stéphane Dompierre (2004)

Ce court roman se concentre sur Daniel, un jeune adulte de 30 ans, nouvellement célibataire.  Ce que je trouve intéressant de ce bouquin est son découpage en cinq temps.  Le premier est la « phase dite du taureau relâché. » Laissez-moi décrire cette phase dans mes propres mots:  Célibataire, on se croit libéré et surpuissant.  Rempli d’une énergie sexuelle brute, on croit être en mesure de conquérir le monde de la jouissance féminine, des plaisirs lubriques, on se voit comme le messie du plaisir féminin capable de multiplier les orgasmes pour satisfaire cette horde de jolies femmes affamées de sensation qui se jetteront à nos pieds de célibataire; après tout, l’ex était une jolie femme… alors on s’attend pas à moins.  La réalité est toute autre.

Tu fais chier le vieux, même si cette photo est un mauvais photomontage

C’est justement pourquoi Dompierre parle du deuxième temps en ces mots: « Phase 2: Phase dite du bébé phoque impuissant faisant des petits yeux tristounets à la télé pour attendrir les vieilles madames et faire pleurer les petites filles qui tiennent un journal intime. […]  Désemparé par ses échecs sexuels, l’individu opère un repli total sur son moi répugnant » (p.10).  Et c’est vrai!  On passe par cette phase.  Puis on émerge, on renaît tranquillement (phase 3) puis on apprend à vivre la solitude, c’est la phase 4:

Phase dite du chien renifleur, connue aussi sous le nom de phase de la vache repue observant calmement passer un train de marchandises dans un champ, peu avant de se faire violemment ensemencer par le taureau.

C’est le moment où l’individu accepte sa solitude et apprend à vivre avec lui-même.  Étape la plus enrichissante et la plus longue.  C’est là que s’effectuent les changements durables dans le comportement de la personne, qui redécouvre les plaisirs simples de la vie et l’écoute active de ses semblables » (p. 11)

La phase 5, je vous laisse lire le roman pour la découvrir.  Pour ma part, j’estime être avancé dans la phase 4, mais j’ai lu ce livre au coeur de ma phase 2.  Blague à part, ce livre fait du bien et nous permet de rire.

L’amour dure trois ans – Frédéric Beigbeder (1997)

Fidèle à mon habitude, quand j’aime un auteur je lis l’ensemble de sa bibliographie tout d’un trait.  Cette année, j’ai découvert Beigbeder avec son Un roman français (2009).  Mais celui qui retient mon attention pour ce billet est L’amour dure trois ans (1997).  Cet ouvrage est fascinant.  Il commence son ouvrage comme suit:

L’amour est un combat perdu d’avance.

Au début, tout est beau, même vous.  Vous n’en revenez pas d’être aussi amoureux.  Chaque jour apporte sa légère cargaison de miracles.  Personne sur Terre n’a jamais connu autant de plaisirs.  Le bonheur existe, et il est simple: c’est un visage. […]

La deuxième année, les choses commencent à changer.  Vous êtes devenu tendre.  Vous êtes fier de la complicité qui s’est établie dans votre couple.  Vous comprenez votre femme « à demi-mot »; quelle joie de ne faire qu’un.  Dans la rue,  on prend votre épouse pour votre soeur: cela vous flatte mais déteint sur vous.  Vous faites l’amour de moins en moins souvent et croyez que ce n’est pas grave […]

La troisième année, vous ne vous retenez plus de regarder les demoiselles fraîches qui éclairent la rue.  Vous ne parlez plus à votre femme.  Vous passez des heures au restaurant avec elle à écouter ce que racontent les voisins de table »

J’aime son style.  Bien sûr Beigbeder est d’un cynisme consommé, mais ça me rejoint d’une certaine façon.  Certaines de ses positions me rappellent un distant passé.  Comme qui dirait… ça résonne.

L’histoire de ce roman est simple.  Le type devient célibataire après trois ans de vie de couple.  Il décide alors de documenter – en quelque sorte – les trois prochaines années avec sa nouvelle conquête.  Sous la forme d’un roman-journal-intime, ce livre nous fait passer à travers plusieurs des angoisses, des situations moches, des tensions et des passions qui traversent cette nouvelle relation.  Malgré un titre pas très jojo, ce livre nous fait grandir et nous redonne foi – en quelque sorte – à l’amour.

Autobiographie d’un amour – Alexandre Jardin (2003)

Premier roman lu quand j’ai rejoint les rangs du célibat.  Ce roman, c’est du grand Jardin: une histoire d’amour impossible et qui rend terne les « Je t’aime » que le commun des mortels chuchote à l’oreille de sa chérie lorsque, endormie, il ne veut pas la réveiller.

Son roman, c’est l’histoire d’un couple déchiré.  L’homme quitte et disparaît.  Une série d’événements amène le jumeau antinomique de cet homme à retrouver l’ex-femme de son frère.  J’aimerais vous donner un aperçu du texte, mais j’ai prêté le bouquin à mon ex il y a un an.  Désolé.

René Magritte - Les amants (1928)

Je ne veux pas mourir seul – Gil Courtemanche (2010)

Wow!

Je suis en train de lire ce livre.  À travers cette « autofiction », Gil Courtemanche parle de sa rupture avec sa copine et comment la vie perd son sens et sa couleur au même moment.  Doublée de l’annonce d’un cancer, on entre dans l’intimité obscure de l’auteur par la porte de cette rupture amoureuse.  Autant ce roman est lourd, autant il fait du bien à l’âme et au coeur.  Il place en mot et avec élégance comment la femme aimée est importante et que sa perte relève de la mort.

Gil Courtemanche

La femme ne sait pas qu’on choisit les légumes et les fruits en pensant à elle, qu’on s’interroge à propos des fromages en imaginant son plaisir.  Les aliments sont les fleurs qu’on apporte.  Je croyais que le plaisir des fleurs et celui d’un bon repas pouvaient remplacer la main que je ne tenais pas quand nous marchions.

L’auteur parsème son récit de réflexion de « vieux routier » de l’amour.  Son roman est plein de vérité.  Ce parcours réflexif sur l’amour, la vie et la mort est intéressant.  Ma phrase préférée: « Je n’ai pas envie de séduire, j’ai envie d’aimer« .

Je termine mon billet sur cette phrase.  Chérie, si tu lis ce billet, rappelles-toi de cela.

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Une réflexion au sujet de « « Je n’ai pas envie de séduire, j’ai envie d’aimer » »

  1. Je pense qu’il y a de l’idée dans ce manuel de survit pour nouveau célibataire. Tu as une bibliographie déjà naissante et intéressante. J’ai noté surtout le dernier qui m’a l’air vraiment impréssionant. Je reviendrai pour lire ce guide fort intéressant.
    Cordialement

    Dicky le Canard

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